Maylis de Kerangal
vendredi 19 octobre à 19h00
Robin Decourcy
du 12 au 28 octobre
Les nouvelles d'E. A. Poe
Vendredi 16 novembre à 19h00
Bienvenue à la librairie Galerie Histoire de L'Oeil
Emmanuelle Bayamack-Tam
samedi 13 octobre à 12h00
Mr Toussaint Louverture
vendredi 12 octobre à 19h00
actOral.18
du 25 septembre au 13 octobre
Raphaële Frier
samedi 6 octobre à 19h00
Thomas Giraud
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Librairie à Marseille

vous propose

Exposition

Robin Decourcy

Et pour finir, le début d’un long été

Vernissage le 11 octobre à 18h30

Exposition jusqu'au 29 octobre

encre carré web

Robin Decourcy est le lauréat du laboHO#11.
Une programmation de la Galerie HO.

Dans un espace sobrement aménagé, l’artiste propose de vivre 15 jours dans la librairie et d’enregistrer ses sensations en direct, sans filtre. Grace à un dispositif de retranscription vocale, et de projection, ses pensées oralisées, ses échanges verbaux, s’inscriront sur le mur au fur et à mesure de sa diction. Nous vous invitons à venir et participer à l’aventure d’une pensée dite sans repentir, oscillant entre errance et contrôle. Ces mots prononcés s’imprimeront sous nos yeux, page après page pour former un roman, fruit de cette expérience singulière.

Plus d'informations sur le site de la galerie.

Rencontre

Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

vendredi 19 octobre à 19h00

Maylis de Kerangal est une habituée de la librairie et c'est toujours un événement de la recevoir. Un monde à portée de main est son superbe dernier roman (Verticales), parmi nos plus bellles lectures de ce début d'année.

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« Paula s’avance lentement vers les plaques de marbre, pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve. Elle s’approche tout près, regarde : c’est bien une image. Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu’un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture. Une fois parvenue devant la mésange arrêtée sur sa branche, elle s’immobilise, allonge le bras dans l’aube rose, glisse ses doigts entre les plumes de l’oiseau, et tend l’oreille dans le feuillage. »

 

Coups de cœur

Visions Of Warhol - (DVD)
Visions Of Warhol
(DVD)
Re:Voir

Des scènes de la vie d’Andy Warhol, vues par trois cinéastes, pionniers de l’avant-garde et amis proches de l’artiste pop.
Jonas Mekas, la force irrépressible derrière la promotion et la conservation du film expérimental, est également connu pour ses rapides journaux filmés. Dans Award Presentation, Warhol reçoit le prix Film Culture du cinéma indépendant. Ses Scenes from the Life enregistrent non seulement Andy Warhol, mais aussi l'excitation sociale et culturelle qui tourbillonnait autour de lui, palpitant aux rythmes hypnotiques du Velvet Underground.
Willard Maas était le mari de la cinéaste, peintre et actrice Marie Menken. Ensemble, ils étaient, pour Warhol, « les derniers grands bohémiens ». Leurs films ont en commun une légèreté lyrique et un amour pour des rythmes visuels forts.

Isabelle Huppert, vivre ne nous regarde pas - Murielle Joudet
Isabelle Huppert, vivre ne nous regarde pas
Murielle Joudet
Capricci

C’est l’histoire d’une actrice qui a toujours témoigné d’un goût prononcé pour le désastre et la catastrophe. Pour les héroïnes qu’elle incarne, cette catastrophe emprunte plusieurs noms : mari, enfant, France, amour, famille, réalité. Leurs moyens d’y répondre s’appellent masochisme, rêve, travail, perversion, poison, sévérité, humour, absence, folie. Violette Nozière, Madame Bovary, La Pianiste ou encore Elle : à travers ses plus grands rôles, Isabelle Huppert n’a cessé de livrer une bataille fictionnelle aux versions étriquées de la vie et de la féminité pour leur préférer la quête d’un idéal impossible, l’élan tragique et une forme salvatrice de monstruosité. À l’image d’un bonheur trop conventionnel, elle a toujours su opposer ce que l’on a appelé sa « plénitude malheureuse ».

Un Jardin de sable - Earl Thompson
Un Jardin de sable
Earl Thompson
Monsieur Toussaint Louverture

Il fallait bien une histoire de cette force, visiblement en partie celle d’Earl Thompson lui-même, pour évoquer ce que furent les USA de ces années-là. Et il fallait nécessairement une galerie de personnages excellents pour entourer les quinze premières années de Jack MacDeramid, et pour amener le livre à autant de violence et de beauté en même temps.
Ce jardin de sable est assurément un roman d’initiation : dépossédés de leur ferme, les grands parents du petits Jackie vont tant bien que mal tenter de le faire grandir. Un grand père à la dent très dure envers la politique de Roosevelt devant laquelle il n’a pas voulu se coucher et une grand-mère très pieuse mais dure à cuire à sa manière seront ses premiers référents. Trimbalés de logements en logements, toujours plus petits, bercés par les discours politique de comptoir, néanmoins saisissant de bon sens, et les ambiances de diverses cantines, hôtels ou autres petits boulots que ses « anciens » écumeront pour subvenir aux besoins primaires, le petit se construira une personnalité et une obsession, celle de la découverte du sexe opposé, et conjointement celle de vivre enfin des années heureuses et riches avec sa mère, trop rarement de passage.
Cet espoir semble enfin se concrétiser lorsqu’elle décide à l’emmener avec elle : quitter cet ennuyeux Kansas pour les états du sud, où une situation, promise par le nouvel époux les attends. Mais il n’y trouvera qu’un beau père aussi alcoolique que roublard, que succession d’arnaques et de fuites, que frustration finalement. Au milieux de tout ça, Jackie se débrouille et expérimente, au fur et à mesure que son obsession initiale grandit.
Earl Thompson fait de cette histoire un grand livre. Parce qu’il sait jongler d’un registre à l’autre. Entre les pages où il saisit parfaitement le langage populaire du milieu où il nous fait évoluer et celles où il sait faire ressortir toute une sorte de poésie des choses. Entre des moments d’une drôlerie parfaite et ceux d’une violence inouïe. Il arrive enfin à trouver son équilibre sur ce fil lorsqu’il sait être très dérangeant, notamment en étant parfois sensuel là où on ne l’entendrait pas, sans jamais véritablement risquer de tomber.
Grâce à tout cela, grâce à ce grand livre tiré de cette histoire, il réussit en définitive, à faire d’un décors (les USA lors de la grande dépression, ce que cette période, cette politique en particulier, a fait subir aux gens les plus vulnérables, ce qu’elle a réussit à les faire devenir) le principal personnage. Par le fait qu’il ait formidablement réussi à en dessiner les atours, il fait de ce livre un livre colossal.

Cette putain si distinguée - Juan Marsé
Cette putain si distinguée
Juan Marsé
Christian Bourgois

Il n’est jamais trop tard pour découvrir Juan Marsé car c’est probablement une des plus belles plumes de langue espagnole aujourd’hui. Pour notre part, c’est cette année que cela se passe avec Cette putain si distinguée et cela donne immédiatement envie de se plonger dans les quelques 15 romans précédents.
Ce roman est un meuble à tiroirs qui parfois communiquent entre eux. Le romancier, possible Juan Marsé lui-même, campe le décors dans une vraie-fausse interview, piquant incipit. Il s’agira pour lui de travailler pour une production cinématographique à l’écriture d’un scénario retraçant l’histoire du meurtre par un projectionniste, d’une prostituée, dans la cabine d’un cinéma de quartier. Le coupable est bien connu car ses aveux ont été signés. Seul problème, irrésolu encore aujourd’hui, bien des années après sa libération, il ne se souvient pas du moindre détail l’ayant amené à un tel geste. Curieuse histoire donc, qui va meler les codes du polar et ceux de l’Histoire puisque gravitent autour d’eux quelques personnages de la résistance au franquisme naissant.
Peu convaincu par ce projet de film, dont les contours et l’intérêt lui semblent bien flous, l’auteur va parallèlement continuer d’écrire pour lui même et nous convier ainsi à sa profonde réflexion sur l’essence du langage.
Mais c’est bel et bien globalement de mémoire dont il s’agit. Quand ce meurtrier qui se présente à lui connaît toujours autant de difficultés à se remémorer ces événements, c’est également l’Espagne post-franquiste qui est évoquée, celle-là même dont la mémoire est volontairement partielle, guidée par ce désir d’oublier et d’avancer.
Juan Marsé est magistral dans sa faculté à imbriquer les différentes époques et les différents niveaux de lecture pour mieux nous donner à entendre ce qu’il n’écrit pas directement, pour nous parler d’écrire, de voir et à faire avec Cette putain si distinguée qu’est la mémoire.

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